Tour des Alpes 2015 (31 juillet-20 août)

C’est ce qu’on appelle un rendez-vous annuel, quelque chose qu’on ne peut pas louper. Cela dure 3 semaines, c’est plein d’étapes, essentiellement de montagne, avec de belles transitions sur quatre roues entre chacune. On y traverse des cols, des brèches, des glaciers, on sprinte parfois, généralement sous les séracs, il arrive même qu’on cavale… contre la montre! Cela se termine  – toujours ? – au sommet, bien essoufflés, oxygène rare oblige. Ecrins, Mont-Blanc, Valais, à l’arrivée la boucle se referme sur une belle collection de courses qui nous font déjà penser à l’édition suivante. Petit aperçu du Tour des Alpes 2015.

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Après cet incipit traçant un parallèle avec une célèbre course cycliste, qu’il n’est sans doute pas la peine de nommer, il convient de rétablir quelque peu la vérité sur nos pérégrinations alpines estivales. En effet, depuis 2010, et contrairement à ce que pourrait laisser croire le titre et les quelques lignes précédentes, c’est la première fois que nous avons l’occasion de nous rendre dans autant de massifs différents des Alpes, aussi distants géographiquement. D’habitude notre rayon d’action est plus limité. Par contre il est vrai que le maître mot de nos escapades est bien le vagabondage. Hormis en 2013 où nous nous étions sédentarisés à Chamonix (un mois complet de quasi beau temps c’était trop exceptionnel pour être dédaigné), nos parcours sont toujours un ensemble de sauts de puces d’un massif à un autre, d’une vallée à sa voisine, Ailefroide puis Bérarde, Oisans ou Ecrins, sans oublier les différents bassins du Mont-Blanc. La météo nous guide et nous allons là où il fait le meilleur. Un temps stable nous inclinera à profiter au maximum d’un endroit alors qu’en cas de versatilité nous n’hésiterons pas à aller voir ailleurs si le soleil y est. Cette année étant aux caprices cela nous a permis de tracer notre boucle entre Alpes méridionales, massif de Chamonix et Valais Suisse.

31 juillet : Echauffement dans le Verdon, à Aiguines.

2-3 août : Valgaudemar.

Vallée retirée des Ecrins, bien loin des courtisées Barre des Ecrins et Meije, elle abrite néanmoins un sommet dont l’évocation renvoie immanquablement à certaines figures de l’alpinisme, ce qui la protège de l’oubli. Tout comme la Meije est attachée à Gaspard et Allain, le Cervin à Whymper, les Jorasses à Cassin et tant d’autres, les Drus à Bonatti, l’Olan possède aussi ces chevaliers en les personnes de Couzy et Desmaison.

La celèbre face Nord-Ouest, 1100 mètres, s’attaque via Font Turbat. Nous, c’est depuis La Chapelle en Valgaudemar que nous sommes allés dénicher « Oiseau de passage« , sur le sommet Sud de l’Olan.

 

Assez peu soutenue mais à l’équipement un peu aéré, toujours est-il qu’il est présent me direz-vous, c’est une belle course assez complète : une approche comptant plus de moraine (Pouah !!!!!!!!!) que de glacier, le tout en deux bonnes heures et demi, une dizaine de longueurs assez courtes puis une arête finale qui vient rappeler le caractère alpin de cette ascension.

5-6 août : Arête des Grands Montets.

Deux jours de grand beau temps nous donne l’occasion de réaliser cette course qui se dérobait depuis quelques étés : plus suffisamment de temps en 2012, trop de neige et instabilité météorologique en 2013, idem en 2014.

En 2012, Marco avait réalisé cette course. J’étais curieux de relire son récit, comparer ses impressions avec les nôtres, retrouver dans ses mots les passages marquants de la course, ceux qui nous ont plu et ceux moins. Les vires avant la Farrar, où nous nous sommes perdus, les longueurs dans la dalle de la Ségogne, simplement fendue d’une fissure que d’aucuns qualifieraient de chamoniarde, et pour les connaisseurs cela veut tout dire et certainement pas le plus tranquille , le bivouac, le sac abominablement lourd et volumineux et surtout la descente, lui avaient-ils laissé les mêmes souvenirs qu’à nous?

Citons, au sujet de la première moitié de l’arête :

Le rocher est bien pourri, l’itinéraire pas évident, mais ce versant sauvage est magnifique et la vue sur les Drus de toute beauté. Nous avançons rapidement dans ce terrain à ‘chamois’, nous passons sous l’aiguille Farrar…

Rocher pourri ? Je ne sais si c’est la réputation de solidité du rocher dans le massif du Mont-Blanc, que nous avons nous-mêmes pu apprécier dans différentes courses, mais la traversée d’un pareil tas de détritus granitiques est tellement inattendue qu’elle nous a été d’autant plus désagréable. Pourtant nous croiserons bien pire durant le séjour!

Itinéraire pas évident? Merci Marco!

Un peu plus loin, après la Farrar et les dalles compactes versant Argentière :

…il faut se bouger et attaquer la cheminée, je rejoins le second de la cordée précédente qui me dit ne pas comprendre pourquoi il est tant à la peine dans ce passage alors qu’il grimpe dans le 6c à vue…

En effet la cheminée n’a rien d’évidente, et comme toujours dans ce type d’escalade on se bat autant avec le sac qu’avec le caillou et on y laisse un pantalon, mais quel bonheur de grimper sur du béton !

Une fois passée la tour carrée, la goulotte d’une cinquantaine de mètres qui débute l’ascension de la Ségogne nous remet littéralement du baume au cœur : changement de style, nous apprécions de jouer avec nos piolets plutôt qu’au lego avec des briques de granit. Un vrai plaisir!

Le bivouac se rapproche  :

…le passage clé pour atteindre la pointe de Ségogne : 2 ou 3 longueurs sur des dalles relativement lisses et partiellement recouvertes de glace( ???!!!). Remy s’y engage en tête, devant maintenant un « public » conséquent, et progresse hyper lentement dans le passage qui, vu de là, parait vraiment très très difficile.

Pas de glace pour nous, mais pas plus fiers!

Enfin la cerise sur le gâteau. Je vous laisse savourer :

 au col du Nant Blanc sur une vire couverte de glace qui sera notre gite […] Quant à moi, je suis à l’extrémité de la vire, les jambes dans le vide, chaussure au pied, dans mon duvet de plage ( de merde ) où je vais passer la nuit à grelotter entre claquage de dents et crampes dans les jambes…

Pour nous ce fut une première : un bivouac en haute montagne. C’est en premier lieu une sensation très agréable que d’arriver au « sommet » en sachant que la course, pour l’heure, est terminée. Il n’y a pas à cavaler contre la nuit pour être descendu avant qu’elle ne vous attrape. Une fois trouvée la vire où déployer les karrimat, c’est fini! Jusqu’à ce que le karrimat se fasse la belle! Un seul coup de vent de toute la soirée, juste au moment où je m’étais levé pour bricoler je ne sais quoi. Dans mon cas c’est sur l’enclume de mon rocheux matelas que se brisèrent mes chances de passer une bonne nuit.

Au petit matin, la météo n’est pas celle annoncée. Nous nous trouvons dans une mer de nuage. La brume casse les perspectives et nous préserve sans doute des effets du vide. Néanmoins cette évolution au milieu des séracs surgissant tels des icebergs ne manque pas de charmes. La chance nous sourit puisqu’à quelques encablures seulement du sommet, le ciel se dégage et nous jouissons de la vue que nous espérions trouver en venant à la Verte.

Marco n’évoque pas la descente qu’ils firent par le couloir Whymper. Il n’y avait sans doute pas grand chose à en dire. Bien au contraire de l’arête du Moine qui va nous occuper toute la journée. La course du jour elle fut là : descendre ce qu’il convient d’appeler un véritable tas de pus. Sans commentaires, si ce n’est que si la descente est infecte, ne doutons pas que la montée doit être à gerber. Pour cela demandez à Sabrina et François ce qu’ils en ont pensé!

11 août : Traversée Besso-Blanc de Moming.

Escapade en Val d’Anniviers, avec à l’esprit de rester deux jours à la cabane du Mountet. La longue montée sous une pluie fine quoiqu’intermittente nous laisse imaginer que plus haut les gouttes ont dû se faire flocons. Nous optons donc pour la traversée Besso-Blanc de Moming, moins haute que les crêtes du Zinalrothorn, pour commencer. Le lendemain nous donnera raison, trouvant l’arête sèche et la face Ouest du Zinal magnifiquement plâtrée.  C’est une superbe course sans difficulté majeure qui se déroule sur un granit exceptionnellement bon et prisu. On est loin des infâmes fissures chamoniardes. A noter que dans les conditions du jour, les crampons et le piolet se sont révélés inutiles, sauf à descendre par le glacier du Mountet ce qui est peut-être plus rapide que par la Forcle mais, comme toujours lorsqu’il s’agit de glacier, bien plus angoissant. Le Mountet cache quelques ogres.

12 août : Rothorngrat au Zinalrothorn.

Voilà une des plus belles courses d’arêtes des Alpes : le rocher est aussi exceptionnel que la veille, cela grimpe tout le temps, pas de désescalades fastidieuses ou de rappels qui donneraient l’impression de suivre la crête d’une montagne russe, cela suit au maximum le faîte de l’arête sans s’échapper, face au moindre escarpement, sur un flanc ou un autre. De toutes les cordées parties le matin, nous ne serons que 3 sur cette arête. Les autres auront préféré l’arête Nord. Peut-être ces affreux nuages, imprévus, qui emmitouflaient toute la couronne de Zinal, du Weisshorn à la dent Blanche, y furent pour quelque chose. Accrochés au relief comme des parasites, ils finirent tout de même par se dissiper, nous gratifiant d’une ascension bien ensoleillée. Paradisiaque! A la jonction du Gabel, nous retrouvâmes les cordées venant de Zermatt, montées par l’arête Sud-Est.

Comme souvent en montagne, la descente est une deuxième course. Mais ici l’arête Nord est aussi belle que l’arête Sud. C’est au dessert qu’on se régale le plus! A condition d’avoir encore de l’appétit et pour nous, la descente à Zinal eut de quoi peser sur l’estomac. Ou du moins sur les jambes! Cuisses de bois et purée de lombaires! Il était 19h30. Encore une journée de 14 heures! Et pas la dernière.

17 août : Arête Sud-Sud-Est du Gaspard.

Voici la suivante! Avec le Gaspard, nous retrouvons la montagne brute, un petit bout du monde, une véritable aventure exploratoire dans un univers déshumanisé où personne ne vous entendra crier. Un désert de pierre, un océan de roc où la solitude est l’unique rencontre qu’on puisse faire.

De l’avis de J-M Cambon, cette course ne mériterait pas l’attirance qu’ont eu pour elle toute une génération d’alpinistes, contemporaine et héritière de Devies et Gervasutti. Trop d’échappatoires, de marche et pas assez de grimpe, les défauts ne semblent pas lui manquer à la lecture du topo de l’Oisans. Course à la « réputation surfaite », pourquoi tenir absolument à l’accrocher un jour et pourquoi avoir eu le sentiment de vivre l’apothéose de ce séjour, à côté de laquelle des courses bien plus réputées auraient dû emporter mon exaltation?

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N’est-il pas magnifique ce dragon qui semble sommeiller dans la brume matinale, à moins que ce ne soient ses propres vapeurs qui enveloppent un monde maudit sur lequel il veille? Tout aussi placide, pétrifié qu’il semble dans sa gangue de glace, que terrifiant, il marque la frontière au-delà de laquelle bien fou qui voudrait s’aventurer. Que peut-on trouver derrière ses contreforts? Quelle colère pourrait-on bien réveiller à aller chevaucher l’échine dentelée de ce Léviathan? Quelle punition réserverait-il à l’arrogance de deux petits poux venus l’incommoder dans sa retraite? Aux sauts de puces urticants, préférons de petits pas de loup évanescents pour ne laisser derrière nous qu’un fugace chatouillement. On ne conquiert pas un tel monstre, on l’apprivoise. Voguant sur le flot paisible de ses écailles de granit, tirant des bords de part et d’autre de sa crête, il nous a accordé le passage sans l’ombre d’une réticence, nous laissant repartir tel que nous étions venus.

18 août : « Aurore naissante » à la pointe Emma.

Voie courte et équipée, mais point trop n’en faut! C’est tout le temps expo, surtout dans les dalles en deuxième et troisième longueur. On se croirait en Corse et ce ne sont pas forcément les souvenirs d’escalade les plus joyeux. La voie va être prochainement rééquipée ce qui, espérons-le, devrait la rendre un peu plus fréquentable.

19 août : « Oxygène rare » au Pavé.

L’exact contraire de la précédente : un équipement très abondant qui fait baisser la cotation obligatoire de cette voie comportant des longueurs de 6c, 7a, à 6a. L’itinéraire s’immisce dans les faiblesses d’une paroi très raide, barrée de toits, dont on douterait, aussi bien depuis le refuge qu’au pied de la face, qu’il fût possible de s’y faufiler. Chapeau aux ouvreurs! En plus l’escalade est vraiment très agréable, sans mauvaises surprises, le gneiss très fracturé fournissant tout ce qu’il faut pour évoluer sans avoir à faire de gros efforts de réflexion. Un peu comme à Riglos mais en moins physique et surtout à 3800 mètres d’altitude. Descente à ne pas négliger, surtout à l’approche du glacier où les relais sont un peu désaxés et les rappels … pendulaires!

20 août : « Traffic » au pic Nord des Cavales.

Et pour conclure, une voie au Pic Nord des Cavales. Traffic est plus raide et mieux équipée qu’Aurore naissante. L’escalade y est plus variée et intéressante aussi. Notamment l’avant-dernière longueur, sur une rampe de quartz, qui est de toute beauté. A noter que la voie normale du pic Nord des Cavales a l’air d’être une très belle course, en rocher irréprochable et aux difficultés abordables. Pour une fois que grimper du III en Oisans ne ressemble pas à jouer avec de la vaisselle, on aurait tort de s’en priver.

 

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Un commentaire pour Tour des Alpes 2015 (31 juillet-20 août)

  1. Nathalie dit :

    Bravo Julien, avec tes photos et cette belle écriture, tu me fais voyager et tant qu’a la descente si il n’avait rien noté, c’est, si je me souviens bien, pas très intéressant!!!

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